L’art dans la toundra

On retrouve l’hiver dans toutes les oeuvres culturelles produites au Québec, des chansons de Gilles Vigneault aux tableaux de Jean-Paul Lemieux. L’hiver et le froid se cachent même dans les oeuvres plus abstraites, qui expriment un langage du froid. Les chants de gorge inuits en sont un bel exemple.

Par Laura Pelletier B, L’Itinéraire, Montréal, le 15 février 2012


L’artiste québécoise Marie Côté s’est intéressée à la production de l’écho dans le chant de gorge inuit. C’est ainsi qu’elle s’est lancée dans une aventure de sept semaines au Nunavik l’été dernier avec son projet Jeux de bols et de voix. Elle a décrit son expérience lors d’un colloque portant sur les musiques et l’imaginaire du Nord et du froid qui se déroulait à L’UQAM en janvier dernier.

Le chant de gorge, aussi appelé katajjaq en inuktitut, est l’une des musiques traditionnelles du nord du Canada. Les habitants du désert blanc pratiquent cette technique vocale en tant que jeu. Deux femmes se confrontent, face à face, corps rapprochés. Elles improvisent des chants gutturaux aigus et graves, dans lesquels des motifs sonores sont répétés. Celle qui a un fou rire ou qui n’est plus capable de reproduire la mélodie perd le jeu.

« J’avais vu un concert du chef d’orchestre Kent Nagano dans lequel deux femmes faisaient des chants de gorge. J’ai été très intriguée par la proximité de leur corps et de leur bouche. Je suis allée les voir en arrière-scène après le concert et elles m’ont expliqué que c’était pour l’écho », a indiqué l’artiste Marie Côté. Effectivement, grâce à cette position, le son se réverbère de la bouche d’une chanteuse à celle de l’autre. La sculpteure a cherché un moyen de reproduire cet écho sans nécessiter un rapprochement des corps. C’est dans ce but précis que cette spécialiste de la poterie a conçu et tourné plusieurs bols ronds de porcelaine dans lesquels les Inuites pourraient chanter seules.

Après avoir obtenu une résidence d’artiste subventionnée par le Conseil des arts et des lettres du Québec, elle s’est installée à Inukjuak, au Nunavik, avec ses créations. Elle y a vécu un choc culturel. « Avant de partir avec mes bols, je me disais : « Tout le monde connaît un bol à manger de céramique. » Mais finalement, non. Personne n’avait de bol de porcelaine là-bas. » Durant le colloque, l’archéologue Yolande Simard-Perrault, qui a elle-même exploré le Nord, a précisé qu’historiquement, on n’a jamais retrouvé de bols de céramique dans l’Arctique.

Autre obstacle : pour arriver à superposer le katajjaq à son art, Marie Côté a dû faire face à un mur de méfiance. « Je pense qu’il faut rester beaucoup plus longtemps que sept semaines dans le Nord pour obtenir la confiance des gens. » Elle a tout de même trouvé huit chanteuses âgées entre 11 et 14 ans pour participer à son projet. Les jeunes Inuites ont graduellement pris en charge les séances d’expérimentation. Et en plus d’être de bons résonateurs, les bols se sont révélés être de bons coupe-vent, une caractéristique idéale pour contrer les vents nordiques !

Photo: Konstantin Shevtsov et Marie Côté

(Publié dans le magazine L’Itinéraire)

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