Vincent-Guillaume Otis: Passer le message

Le comédien, metteur en scène et directeur artistique Vincent-Guillaume Otis est un homme bien occupé. Depuis qu’il a obtenu le Jutra du meilleur acteur en 2009 pour son rôle du fou du village dans le film Babine, il participe à de multiples projets. Il trouve tout de même le temps de s’associer à une cause qui lui tient à cœur. Il est porte-parole de la Semaine québécoise de la déficience intellectuelle (SQDI) pour une troisième année consécutive. L’Itinéraire l’a rencontré au café L’ENTRE-POTS, situé à deux pas de chez lui.

Vincent-Guillaume Otis accorde une importance particulière à son rôle de porte-parole de la SQDI. En plus de vouloir donner de la visibilité à la cause, il tient à s’adresser directement à ceux et celles qui ont un frère ou une sœur vivant avec une déficience intellectuelle. «Je veux parler de la fratrie parce que j’ai moi-même un frère qui est handicapé intellectuel. Je veux redonner ce qu’il m’a donné», révèle-t-il. Son petit frère, Jean-Sébastien, et lui ont seulement un an et un mois de différence. Ils ont toujours été très proches. Vincent-Guillaume Otis croit lui devoir beaucoup. «Il a fait en sorte que je suis un être humain meilleur. Au niveau de la tolérance et du respect d’autrui, il m’a tout inculqué.»Par Laura Pelletier B

Jean-Sébastien a des limitations cognitives et il a besoin d’être supervisé, mais il a également une certaine autonomie. «Ça fait plusieurs années qu’il habite en appartement à Québec. C’est sûr qu’il a besoin de suivi, mais moi aussi, quand j’étais en appartement au cégep, j’avais besoin de suivi!»

À l’école, il défendait souvent son petit frère. «Je choisissais d’aller voir ses amis et de leur demander : « Peux-tu jouer avec Jean-Sébastien? ». Je choisissais de le protéger. C’est sûr que ça pouvait entacher des relations d’amitié que j’avais avec d’autres personnes, parce qu’il y en a qui n’ont pas ce seuil de tolérance et qui ont envie de rire des déficients intellectuels. Moi, nécessairement, je prenais le parti de mon frère, parce que je l’aime.»

Le comédien, modeste, précise que sa décision de défendre son frère au détriment de certaines amitiés se faisait naturellement. «J’ai l’air bien fin comme ça, mais il y a une sélection naturelle qui se fait, un filtre qui s’installe.» Selon lui, le rejet des enfants déficients intellectuels est un problème qui dépasse le handicap. «C’est un problème de respect et de tolérance de l’autre.»

Ses parents ont su bien réagir à leur situation familiale, selon lui. «C’est à eux que revient la palme. Chez nous, ça a toujours été dit que mon frère avait une déficience intellectuelle. On en parlait.» Il avoue qu’enfant, il ne comprenait pas vraiment le sens de ces mots. «Pour moi, c’était comme dire qu’il portait une chemise bleue au lieu d’une chemise rouge.» Ce jeune père de deux enfants avance prudemment que selon lui, l’éducation commence à la maison et que c’est la responsabilité des parents d’inculquer les valeurs nécessaires à leurs enfants. Il se donne donc comme mission de bien informer ses deux jeunes enfants sur la déficience intellectuelle.

Porte-bonheur
Le frère de Vincent-Guillaume Otis l’inspire au quotidien. «Des fois, je lis une réplique au théâtre et ça me fait penser à mon frère, parce qu’il dirait ça de la même façon», révèle-t-il. Le rôle qui l’a fait connaître auprès du grand public est celui qu’il a tenu dans le film Babine de Luc Picard, une adaptation d’un conte de Fred Pellerin. Il y interprétait un déficient intellectuel, qui, dans le petit village éloigné de Saint-Élie-de-Caxton, était perçu comme un fou. C’est sans surprise que le comédien indique qu’il s’est inspiré de son petit frère pour jouer ce rôle, mais il précise qu’il ne voulait pas non plus l’imiter. «Je n’ai pas personnifié mon frère. J’ai été appelé à le côtoyer avec ses amis et j’ai rencontré plein de monde avec des déficiences intellectuelles, donc le personnage de Babine, c’était un « raccommodage ».»

Depuis, les projets s’enchaînent pour le jeune comédien. On le voit dans la série Apparences, à Radio-Canada, et du 12 mars au 7 avril, il jouera dans L’Histoire du roi Lear au Théâtre du Nouveau Monde (TNM). «Je me sens tellement privilégié de pouvoir jouer du Shakespeare au TNM et du Serge Boucher à la télévision», exprime-t-il, avant de se lancer dans la biographie du dramaturge.

La liste de projets qui attendent Vincent-Guillaume Otis cette année n’est pas terminée. Avant son rendez-vous avec Itinéraire, il avait une rencontre avec la compagnie Picouille Théâtre, dont il est l’un des fondateurs et le directeur artistique. De plus, il travaille actuellement sur un scénario de film avec le jeune auteur Pierre-Luc Lasalle. «Partir un projet d’écriture m’a toujours tenté, mais je n’aurai jamais la prétention de dire que je suis un auteur. Être auteur, c’est un métier, c’est une discipline. Le film que je vais scénariser cette année, je le fais avec un vrai scénariste et moi, je l’accompagne là-dedans au niveau structurel», explique-t-il humblement. Son idéal serait de réaliser ce film.

Le comédien à l’horaire chargé est persuadé que les personnes qui vivent avec une déficience intellectuelle ont beaucoup à apprendre aux autres et c’est le message qu’il veut faire passer autour de lui. «Les limites émotives qu’on a comme Nord-Américains, que ce soit au niveau de l’acceptation, de la démonstration de l’amour… Si on s’inspirait des déficients intellectuels, il y a plein de choses qui se règleraient.»

***

Militant né
L’agenda de Vincent-Guillaume Otis est déjà rempli pour la saison estivale. Si tout se passe comme prévu, le tournage du film La maison du pêcheur, dans lequel il interprète le militant felquiste Paul Rose, devrait débuter à la fin de l’été 2012. «Tout est écrit, le casting est fait, mais il reste à obtenir le financement de Téléfilm [Canada]. La SODEC [Société de développement des entreprises culturelles] a déjà donné son accord.» Il incarnera Paul Rose pour la deuxième fois, puisqu’il avait déjà joué le personnage dans un épisode de la sérieRené Lévesque – Un enfant du siècle, à Radio-Canada. «Maintenant, je peux vraiment incarner le rôle, aller au fond des choses», affirme l’acteur.

Ce film d’Alain Chartrand représente un certain défi pour lui. «C’est assez terrorisant. Il faut que j’incarne quelqu’un qui vit encore, ce qui est très tabou. Des gens le voient comme un héros et d’autres, comme un terroriste.» Certains membres de sa famille vouent même un culte à Paul Rose. «Au-dessus de ma bassinette, ce n’était pas Mickey Mouse. C’était Karl Marx.» Chez lui, les bibliothèques étaient remplies de livres de Lénine. «J’ai grandi là-dedans», ajoute le comédien avec passion.

(Publié dans L’Itinéraire le 1er mars 2012)

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