Héros ou monstre?

Par Laura Pelletier B.

«Un homme est contraint entre quatre murs et il ne peut pas en sortir. Il a posé un geste pour réagir à la société dans laquelle il vit», raconte le metteur en scène Patrice Dubois. «Certaines personnes viennent le visiter — une femme, un homme et sa fille — pour obtenir des réponses ou pour l’aider. On découvre peu à peu pourquoi il est enfermé», complète l’auteur Philippe Ducros. Tous deux font référence à Dissidents, leur plus récente création, qui est présentée du 6 au 31 mars à l’Espace Go. Cette œuvre se veut un rendez-vous d’idées et d’émotions offert au public ouvert à la réflexion. L’Itinéraire a rencontré les deux hommes de théâtre avant une répétition.

Le processus de création débute il y a environ deux ans lorsque Patrice Dubois tombe sur l’essai sociologique Brève histoire du progrès du romancier et historien Ronald Wright. Une foule d’idées se bousculent alors dans sa tête. Il contacte son vieil acolyte, Philippe Ducros et l’aventure commence, racontent les deux hommes de théâtre dans la grande salle de pratique du Théâtre PÀP, compagnie en résidence de l’Espace Go

Les deux passionnés ont parlé, débattu, digéré l’essai, puis Dissidents est née. La notion de dualité en est particulièrement ressortie. «Dans notre société, le message qu’on envoie aux individus est double. On leur permet de s’exprimer à la télé, mais on veut que les citoyens s’immiscent le moins possible dans l’État», soulève Philippe Ducros, qui en aurait des heures à dire sur le sujet. Il précise que la dissidence n’est pas une solution ultime qu’il propose pour survivre à la société moderne, mais plutôt une piste de réflexion.

Le personnage principal de la pièce reflète également cette dualité, explique le metteur en scène, qui est aussi acteur dans Dissidents. «Je pense qu’on est tous à un moment de notre vie un héros et/ou un monstre. En deux secondes, ça peut changer. Le personnage central de la pièce espère avoir choisi son clan, mais tout est là pour lui faire comprendre que ce n’est peut-être pas le cas.»

Pour illustrer la déchirure des personnages entre deux opposés, les deux complices jouent même avec la perception du spectateur. «L’environnement scénique est là pour fucker le monde!», ricane Patrice Dubois, une petite tasse d’espresso à la main. «Pour les premières 45 minutes du spectacle, j’avais besoin d’un espace neutre pour qu’on soit dans l’échange, le combat d’idées. Après, ça commence à se complexifier au niveau visuel, scénique et scénographique. Et quand le public pense avoir cerné les personnages, le miroir s’inverse.»

On entend la poignée de porte tourner. La comédienne Éveline Gélinas entre dans la salle, accompagnée du concepteur musical Benoît Côté. La répétition peut commencer.

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Immersion

L’expérience de réflexion que les deux hommes de théâtre veulent faire vivre au public ne s’arrête pas là. Ils suggèrent deux autres œuvres qui font référence aux mêmes thèmes. Un reportage photographique réalisé par Philippe Ducros lors de son voyage en République démocratique du Congo, La porte du non-retour et pièce de théâtre portant sur l’Afrique, Après-moi, le déluge, complètent l’univers de Dissidents. «Un spectateur curieux pourrait faire le triangle pour élaborer une réflexion», indique le metteur en scène Patrice Dubois.

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Dissidents, 6 au 31 mars, l’Espace Go (espacego.com)

La porte du non-retour, Galerie Occurrence, 6 au 17 mars (occurrence.ca)

Après moi, le déluge, 21 février au 18 mars, Théâtre de Quat’Sous (quatsous.com)

(Publié dans le magazine L’Itinéraire)

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