Fernand Dansereau: Sage, mais jeune d’esprit

Laura Pelletier 

Lors d’une rencontre avec Ginette Petit, Fernand Dansereau parle de son métier. La productrice lui avoue qu’elle apprécie qu’il continue de travailler même s’il a plus de 80 ans. Ils discutent alors de la vieillesse et de l’intérêt qu’il y aurait à faire un film sur le sujet. Arrivé chez lui, Fernand Dansereau écrit deux pages et demie de scénario et radio-Canada accepte le projet. Il se lance alors dans une quête philosophique qui le confronte à ses propres peurs.

Fernand Dansereau. Source: Parole Citoyenne. http://www.flickr.com/photos/parolecitoyenne/

Le moyen métrage documentaire Le vieil âge et le rire a été présenté en première le 20 février dernier, dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois. On y voit les pertes d’autonomie qu’entraîne le vieillissement, mais on apprend également comment vieillir heureux. On remarque que cela est possible, à travers diverses figures, dont la comédienne et animatrice France Castel, la comédienne Kim Yaroshevskaya et l’acteur et réalisateur Marcel Sabourin. L’Itinéraire a rencontré le cinéaste Fernand Dansereau au petit café de la Cinémathèque québécoise, là où le projet Le vieil âge et le rire a pris forme deux ans plus tôt, pour aborder non seulement la vieillesse, mais également la question de l’Intergénérationnalité.

 L’Itinéraire (L’I.) : Dans Le vieil âge et le rire, on mentionne que pour bien vieillir, il faut aimer la vie, conserver son identité et avoir un projet. Pensez-vous qu’être en contact avec des jeunes aide aussi à bien vieillir?

Fernand Dansereau (F.D.) : Sûrement que ça aide. Et je pense que ça peut être utile aussi pour les jeunes d’être en contact avec des personnes âgées. Mais ça ne se fait pas beaucoup. On est dans une société qui tend à écarter la vieillesse parce que ça fait peur. Moi, j’ai été en contact avec des jeunes toute ma vie. J’ai sept enfants. Le plus jeune a 17 ans. En plus, j’enseigne à l’Institut national d’image et de son (INIS). Ça me nourrit beaucoup. À l’INIS, tu entends parler de tout ce qui se passe dans la profession. Et le contact avec les jeunes étudiants crée une espèce de vitalité qui est incomparable. Je ne saurais pas m’en priver.

L’I. : Quelles similitudes remarquez-vous chez les jeunes et les personnes âgées?

F.D. : Quand tu as 17 ans, comme mon fils, tout n’est pas beau non plus. Il y a des angoisses. La personne ne sait pas qui elle est, ni où elle s’en va. Il faut choisir un cégep, un domaine. On revit cette même angoisse à 80 ans quand on approche de sa fin. On perd de l’autonomie, on cherche son identité et ce que l’on va devenir. En plus, pour les deux générations, le rapport à l’image est difficile.

L’I. : Que pourrait-on faire pour favoriser le contact entre ces deux générations, dans la société?

F.D. : Si on amène des jeunes et des personnes âgées à se parler, le discours ne durera pas longtemps. Ce qu’il faut faire, c’est les associer tous les deux à une même cause. Et là, la complémentarité va s’établir. Les jeunes ont une énergie, un savoir du fonctionnement des médias sociaux. Les aînés ont une sagesse et de l’expérience. C’est dans l’action commune que les gens de différentes générations vont se parler. Le président du réseau Espace 50+, Jean Carette, qu’on voit dans le documentaire, a eu l’idée de monter un projet de voyages qui seraient financés par le gouvernement. Des groupes de gens issus de diverses générations iraient faire du bénévolat dans d’autres pays. Cela permettrait réellement de créer des liens riches entre jeunes et moins jeunes.

***** (encadré du même dossier) *****

Mixité au quotidien

Lorsqu’elle vend L’Itinéraire à l’angle des rues de Bordeaux et de l’avenue du Mont-royal, Hélène Ouellette voit des femmes enceintes, des jeunes enfants avec leurs parents, des adolescents. elle voit aussi beaucoup de solitude, souvent vécue par des personnes âgées. Celle qui a soufflé soixante bougies il y a quelque mois prône la mixité, particulièrement en matière d’habitation, pour éliminer l’isolement. Lorsqu’elle était plus jeune, Hélène est souvent allée visiter ses parents et sa tante dans des résidences à loyer modique réservées aux aînés. des logements qui n’avaient rie d’attrayant, selon elle, et qui ne plaisaient pas plus aux membres de sa famille. «Ma tante était fatiguée de voir des gens partir en ambulance. elle aurait préféré voir une femme qui s’en va à l’hôpital pour ramener un bébé, et non voir u voisin partir pour signer son arrêt de mort.» elle croit que les préjugés freinent le mélange intergénérationnel, notamment lorsqu’il est question d’habitation. «on dit que les jeunes sont bruyants, que les personnes âgées ont besoin de calme, mais des logements insonorisés, ça existe! et on écoute la télévision tellement fort, qu’on n’est pas moins criards!», ricane la camelot. «on place les jeunes avec les jeunes, les vieux avec les vieux, parce que ça s’administre mieux. Pourtant, on devrait favoriser les logements sociaux qui incluent tous les âges», ajoute-t-elle, en précisant que cela favoriserait l’entraide et la solidarité entre les générations. Hélène se bat également contre la vision pessimiste de la vieillesse qui est ancrée dans les mœurs du 21e siècle. «notre société capitaliste ne favorise pas la sagesse. On n’est plus des êtres humains; on est des êtres rentables. on est tous devenus des couches jetables», s’indigne-t-elle. Pour réunir les générations, selon elle, il faudrait qu’elles trouvent un projet social commun, comme des soirées de la poésie, des manifestations, etc. Lorsqu’Hélène est devenue sexagénaire et que le gouvernement lui a proposé d’emménager dans ce qu’elle qualifie de «logement pour vieux», c’est sans hésitation qu’elle a préféré rester dans son petit un et demi, sans balcon et plus cher, mais rempli de vie.

(Publié dans le magazine L’Itinéraire, Dossier sur l’Intergénérationnel)

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