Cinéma: Gros plan sur le Nord

La sortie du documentaire En attendant le printemps confirme la tendance nordique des cinéastes québécois

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Les cinéastes québécois délaissent les rues étroites et bondées des villes pour les grandes terres paisibles du Nord québécois. Suivant les traces de Michel Brault et Pierre Perreault, les artisans de la caméra redécouvrent les racines de leur culture.

Le 5 avril dernier, le documentaire En attendant le printemps, de la cinéaste Marie-Geneviève Chabot, arrivait en salle. Ce film relate le quotidien d’anciens mineurs résidant dans la ville de Chapais, en Côte-Nord. Avant elle, les réalisateurs Serge Giguère, Stanley Brown et Benoît Pilon tâtaient le terrain avec Uranium PQ (2013), Le Nord au cœur (2012) et Des nouvelles du Nord (2007). «Ça faisait vraiment longtemps qu’on ne s’était pas intéressé à ce territoire», constate le cinéaste le professeur de cinéma à l’UQAM, Denis Chouinard, en se remémorant l’âge d’or de l’Office national du film, durant lequel des cinéastes québécois avaient fait du Nord leur principal terrain de jeu.

Pour Marie-Geneviève Chabot, il état naturel de tourner un documentaire dans le Nord, puisqu’elle y habite. Montréalaise d’origine, elle s’est retrouvée dans le grand Nord en raison de contrats pour le Wapikoni mobile, un studio ambulant de formation et de création audiovisuelles et musicales, circule depuis sept ans dans les communautés des Premières Nations du Québec. «Je donnais des cours de vidéo aux autochtones cris des communautés environnantes. J’ai rencontré mon chum qui habitait déjà le nord du Québec et j’y suis restée.»

Ce territoire méconnu l’a déstabilisée. «C’est une région obscure, un peu abstraite, sur la carte. J’ai eu un choc culturel dans ma propre province. Au début, j’avais même de la difficulté à comprendre mes voisins, qui parlent français. Eux aussi riaient de mon accent.» Ces voisins deviendront plus tard les vedettes de son documentaire En attendant le printemps. Le sentiment d’isolement, qui fait toute la beauté du paysage nordique, a été difficile à surmonter. «Je me suis demandée si j’étais capable de trouver ma place dans cet environnement-là, je m’y suis habituée, et je suis restée.»

Elle admet que son expérience s’est transformée en une quête de ses propres racines. «Le Nord va toujours rester un imaginaire qui nous raconte toutes sortes d’histoires et de légendes qui appartiennent à notre folklore. On a une espèce d’attirance à notre ancienne âme de coureur des bois», estime Marie-Geneviève Chabot.

«On retourne aux racines de l’ONF, observe Denis Chouinard. À cette époque où Montréal était très anglophone, le nord a été un puissant vecteur d’identité québécoise.» Ce Nord semblait inatteignable dans les années 1980 et 1990. Montréal était alors le centre des productions. «Montréal n’a plus le rôle central qu’elle avait en fiction et en documentaire. Le phénomène s’observe autant dans les documentaires que dans les fictions québécoises», indique Denis Chouinard.

Si les réalisateurs ont délaissé la ville, c’est pour changer de décor, estime le professeur. «On a beaucoup exploité les paysages et les sujets urbains. On a donc besoin d’aller voir ce qui se passe ailleurs.» Il ajoute que les paysages nordiques ont toujours eu quelque chose de poétique et d’inspirant.

La réalisatrice d’En attendant le printemps croit que l’intérêt pour le Nord est cyclique et vient en fonction de l’actualité. «Les vagues médiatiques comme le Plan Nord mettent les projecteurs sur ces régions, attirant l’attention des cinéastes. Et ensuite, il se passe 10 ou 20 ans sans qu’on en entende parler.» L’actualité n’entraîne toutefois pas toujours l’intérêt des artisans de la caméra, rappelle Denis Chouinard. «Au début des années 1970, on a beaucoup parlé de la construction de barrages dans la Baie James, mais aucun film n’a été tourné là-bas.»

Pour l’instant, les caméras des cinéastes québécois continuent à s’exiler dans les vastes paysages du Nord de la province, mais il est difficile de prédire combien de temps durera cette escapade.

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