Kim Thúy : Collectionneuse de cultures

manDans son nouveau livre mãn, tout comme dans son premier succès, Ru, l’auteure d’origine vietnamienne Kim Thúy met en scène des rencontres entre des personnages aux cultures différentes qui apprennent les uns des autres. Ces rencontres s’apparentent à celles de sa propre vie. Si la créatrice se passionne à découvrir les cultures qui lui sont étrangères, ses racines restent au Québec.

Tout comme Kim Thúy, l’héroïne de mãn aime voyager et apprendre les traditions étrangères. «Une culture de plus, c’est une fenêtre de plus sur le monde», lance Kim Thúy, du bout du fil. Entre quelques gloussements de rire, elle ouvre la porte de son imaginaire, rempli d’images japonaises, de robes de designers québécois et de pictogrammes vietnamiens et chinois. «J’adore le chinois. C’est une langue tellement imagée et belle.» Elle donne l’exemple du mot sourire, qui en chinois est représenté par les pictogrammes des mots yeux et grains de riz. «Ça représente parfaitement nos yeux qui deviennent petits comme des grains de riz !»

Dans mãn, une jeune Vietnamienne, en ouvrant un restaurant, crée un univers multiculturel. Elle engage un cuisiner québécois qui adoucie ses recettes vietnamiennes avec des assaisonnements de la province. Pour Kim Thúy, en se mélangeant, les cultures s’enrichissent. «Avec le temps, on perd certaines traditions mais on en acquiert d’autres.»

Elle a beaucoup d’admiration pour le Japon, qui réussit à allier tradition et modernité. «On peut voir un jeune punk saluer une vieille dame de façon traditionnelle, la modernité et la tradition cohabitent très bien.» Son intérêt pour cet équilibre est incarné dans mãn par les personnages, qui intègrent à leur mode de vie moderne  leurs habitudes culturelles. C’est ainsi que l’héroïne place les pantoufles de son mari dans le bon sens à côté du lit pour lui signifier son amour.

La dynamique auteure considère que Montréal est un lieu privilégié pour s’ouvrir au reste du monde. «Pour qu’un enfant apprenne à connaître une nouvelle culture, il doit rencontrer l’autre. À Montréal, les jeunes ont le luxe d’être dans des écoles multiethniques.» Quant à elle, l’auteur a autant d’amis québécois que d’amis anglophones ou marocains. Ses visites chez eux s’accompagnent souvent de découvertes de plats traditionnels.

À ses yeux, les contes aussi permettent de transmettre une culture aux enfants. «Ces histoires nous procurent la magie d’être ailleurs. Ils représentent très bien la culture d’un pays et d’une époque.» Elle donne l’exemple des contes vietnamiens, qui font souvent référence aux façons de préparer la nourriture, ce qui est un élément important de cette culture, qu’elle rappelle dans Ru comme dans mãn.

La Grande Bibliothèque offre d’ailleurs des heures de contes dans différentes langues et c’est la langue vietnamienne qui sera à l’honneur au mois de juin. «Grâce des activités comme ça, ça devient une culture moins morte. Le Vietnam a longtemps été fermé sur le monde, mais aujourd’hui, on donne des cours de langue vietnamienne dans les universités et les gens y voyagent», explique-t-elle, avec enthousiasme. Elle prévoit assister aux rencontres de la Grande Bibliothèque avec son fils aîné.

«C’est ce qu’on doit faire avec le français, poursuit-elle. Pour faire connaître la culture québécoise et la langue française, il faut la parler et jouer avec elle en écrivant des livres. Il faut être un peu partout, il faut s’afficher, être fier.» Elle ne cache pas sa fierté d’être Québécoise. «Je ne suis pas née au Québec, mais je me donne le droit de dire que je suis québécoise parce que j’aime la culture!» clame-t-elle en pouffant.

Alors qu’elle participait au festival Étonnants voyageurs, avec l’auteur Dany Laferrière, à Saint-Malo, en France, elle en avait presque oublié son physique. «Sur scène, il disait plein de compliments à propos de mon livre, et j’ai dit au public qu’il me complimentait parce que nous étions deux Québécois. C’est quand je me suis tournée vers lui que je me suis rappelée qu’il était noir et que moi, j’avais l’air d’une Vietnamienne. La salle ne savait pas comment réagir!»

Après quelques anecdotes et salutations, l’auteure retourne se préparer pour ses nombreuses interventions médiatiques. La créatrice s’envolera pour le Danemark au mois de mai, pour le lancement de Ru, puis à Paris pour celui de man. En 2014, elle se rendra en Allemagne pour présenter la traduction de son plus récent roman. Sa voix devient fébrile rien qu’en parlant de ces voyages, qui représentent pour elle des occasions en or pour s’abreuver de nouvelles cultures.

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